Une fois de plus, je déplore la conception des éditions françaises : on cherche un objet facilement transportable, mais on paie très cher un art de la "patte de mouche" dans un volume finalement bien plus important que nécessaire. Ce schéma se reproduit à chaque nouvelle parution, chez presque tous les éditeurs nationaux.
Pourquoi les éditeurs anglo-saxons parviennent-ils à loger, dans un volume identique, une Bible bien plus lisible ? Pourquoi personne en France n'a-t-il eu la sagesse de s'inspirer de leur art de l'imprimerie ? Considère-t-on que rendre la lecture de la Bible accessible au regard, c'est l'abaisser en dessous des mérites de l'intellect ?
Le "secret" du bon sens anglo-saxon, que l'on semble ignorer chez nous, repose sur des piliers techniques et ergonomiques avérés :
1. La maîtrise de la "Hauteur d’œil" (x-height)
La lisibilité ne dépend pas de la taille brute de la police, mais de la taille des minuscules.
En France : On s'obstine sur des polices classiques aux jambages démesurés. Cela impose un interlignage important pour éviter que les lignes ne se chevauchent, laissant le corps du texte minuscule et noyé dans le vide.
Chez les Anglo-saxons : On utilise des polices à grande hauteur d'œil (où la minuscule occupe une place prépondérante par rapport à la majuscule). Cela permet de réduire l'interligne sans sacrifier le confort, offrant un texte visuellement plus grand dans un espace réduit.
2. Le "Line-matching" (Calage des lignes)
C’est la clé des bibles compactes réussies. Sur le papier bible très fin, le texte du verso apparaît par transparence (effet "fantôme").
Les éditeurs anglo-saxons pratiquent systématiquement le line-matching : les lignes du recto sont imprimées exactement au-dessus de celles du verso. L'encre de la ligne lue masque la transparence du dos. En France, l'absence de ce calage rigoureux oblige à augmenter artificiellement le vide entre les lignes pour tenter de compenser cette gêne visuelle.
3. La technologie du papier et l'opacité
On achète le contenu, pas la page blanche. Or, j'observe que les éditions étrangères utilisent des papiers (souvent de 28g/m² ou 30g/m²) bénéficiant d'un traitement de surface et d'une charge minérale bien plus performants. À grammage égal, leur papier est moins transparent et plus blanc, offrant un contraste net qui repose l'œil, là où nos éditions tendent vers une grisaille fatigante.
4. L'optimisation typographique (Bible Serif)
Au lieu de réduire simplement la taille de la police (la "flemme" éditoriale), les Anglo-saxons investissent dans des polices "condensées" spécifiquement conçues pour les colonnes étroites. On met plus de mots par ligne sans que la lettre ne paraisse écrasée.
En conclusion :
Nous achetons ici, au prix fort, beaucoup de vide et d'inconfort. Il est temps que l'édition française sorte de ses traditions rigides pour adopter une véritable approche d'expérience utilisateur (UX). Le lecteur mérite des ouvrages qui privilégient le contenu au détriment du vide, et le confort de lecture au détriment de l'esthétique académique.
Dans l'attente de voir enfin émerger un projet éditorial à la hauteur des standards de qualité internationaux.